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Le populisme à tout vent!

 
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 12 Mar 2017 3:26    Sujet du message: Le populisme à tout vent! Répondre en citant

Le pouvoir turc ne peut se permettre un refus lors du référendum qui aura lieu le 16 avril prochain et qui en quelque sorte légalisera le pouvoir absolu d'un seul homme, Recep Tayyip Erdogan.

Et ce pouvoir qui depuis l'élection présidentielle a, enfin, réussi à mettre sur place le vote des citoyens turcs résidents à l'étranger. En effet, pratiquement 3 millions d'électeurs à l'étranger, sur un total de 55 millions est un potentiel important.

Le oui n'est pas du tout acquis et le pouvoir ne peut négliger ce potentiel, en commençant par l'Allemagne.

Et là les difficultés commencent, quand le Président Erdogan qui a prêté serment en déclarant qu'il est impartial (selon la constitution en vigueur) descend dans l'arène pour promouvoir le oui et quand il assimile ceux qui voteraient "non" aux terroristes et en dernier lieu quand le journaliste allemand d'origine turque est envoyé en prison l'Allemagne a empêché les officiels turcs en commençant par Erdogan à faire la propagande de "oui" sur son sol.

En réplique le Président de la République turque a qualifié ce fait de pratique nazi.

Je pense qu'avant tout il était guidé par un populisme pour renforcer son camps et pour jouer ce jeu que les forces étrangères sont contre lui. Merkel n'a pas attisé le feu...

Mais le Pays-Bas, en période électorale où le populisme a le vent en poupe a franchi un pas inadmissible en interdisant à l'avion du ministre des affaires étrangères turc d'atterrir sur sol et encore plus grave en bloquant la rue à un ministre turc de rejoindre le Consulat de Turquie.

Interdire des meetings pour faire la propagande électorale d'un pays étranger c'est une autre chose, mais la voie choisie par le Pays-Bas en est une autre.

Le populisme à tout vent et l'Europe est en plein dedans.

Les politiciens soufflant sur le feu font le jeu de l'extrémisme, la peur de l'autrui, renforce l'autoritarisme qui se met à la peau de victime.

Des milliers de personnes vivent en Europe, des millions d'Européens vont en Turquie pour le tourisme...
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SelimIII
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MessagePosté le: 12 Mar 2017 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

Et oui on est arrivé là...

Ce qui accuse de nazisme l'autre doit d'abord balayer devant sa porte.

La Turquie ne mérite pas ça.

Comment barrer la route à un ministre et l'empêcher d'atteindre son consulat. Cela pouvait être un casus belli autrefois.

Erdogan fait encercler l'Ambassade d'Hollande et je trouve que c'est une réponse justifiée... Mais la violation de l'immunité diplomatique a eu lieu puisque le drapeau hollandais a été remplacé par le drapeau turc, donc la Turquie d'Erdogan n'a pas pu protéger un consulat étranger...

Ceci dit le PM hollandais a déclaré qu'il a parlé 8 fois avec le PM turc pour notifier qu'il ne voulait pas de visite de la ministre turque!!!

En réalité comme il est souligné ci-dessous, ce sont des choses souhaitées par Erdogan afin de mettre quelque grains dans sa propagande.

L'Europe (donc les chrétiens) sont contre moi, je suis victime...

Evidemment l'extrême droite hollandaise aussi exploite à fond ce fait comme Fillon.

Oui vous avez raison Monsieur Erpuyan, le populisme est devenu un outil pour endormir les peuples afin de les éloigner des vrais sujets.

Et encore une fois, le traitement de la Turquie actuellement me fait mal. Et la raison de ce mal n'est pas forcément à cause de l'autre...
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cengiz-han
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MessagePosté le: 13 Mar 2017 2:26    Sujet du message: Répondre en citant

L'affaire avec le Pays-Bas est voulu par Erdogan et a servi les 2 pouvoirs.

Le Pays-Bas, juste à la veille des élections, pour couper la route à l'extrême droite a généré l'image d'être intraitable face à un pays étranger...

Et Erdogan a voulu justifier son affirmation : je viendrais et si vous ne m'acceptez pas je vais faire un bruit pas possible.

Evidemment il ne pouvait se permettre de faire ce geste lui-même mais il a envoyé son ministre des affaires étrangères.

Selon les informations que j'ai pu collecter, les hollandais n'ont pas réservé un non catégorique à la venue des politiciens sur le territoire Hollandais mais ils ont demandé de le faire après les élections. Le pouvoir turc a voulu maintenir son calendrier et sur ce le pouvoir hollandais a saisi l'occasion de montrer son intransigeant...
L'envoie du ministre vers le Consulat de Turquie est aussi une machination du pouvoir AKP.

AKP mettant en avant la fierté nationale a probablement gagné quelques "oui" pour le référendum et le pouvoir hollandais a pu récupérer quelques votes susceptible d'aller à l'extrême droite. D'ailleurs on voit comment ont sauté Fillon et FN sur l'affaire.

Reste d'autres point pour montrer que le pouvoir AKP est un véritable manipulateur qui s'en fiche du respect de la fierté nationale.

- Primo, Erdogan en qualité de Président de la République ne peut faire la propagande de oui du fait que selon la Constitution qui n'est pas encore changé il ne peut appartenir à un parti. Donc il viole clairement et nettement son serment.
- Secundo, est-ce que la Turquie est prête à autoriser les politiciens étrangers à venir sur son sol pour faire leur propre propagande? Evidemment non, puisque le pouvoir turc considère tout ce qui l'oppose terroriste et traite à la nation et empêche avec tous les moyens les activités pour un "non".
- Tertio, les ministres turcs ne peuvent faire la propagande politique à l'étranger selon les lois promulguées par AKP en 2008, et surtout avec l'argent de l'Etat. Qui a payé l'avion que le ministre des affaires étrangères a utilisé pour venir en France?

Oui on peut appeler ç du populisme, du pure hypocrisie, politique ignoble...

Ce n'est pas pour rien que le pouvoir AKP a fait l'apologie de l'ignorance (rappelons l'affirmation du professeur d'université : j'ai des cauchemars quand le nombre de diplômés d'université augmente, j'aime les ignorants..). C'est ainsi l'ignorant ne poserait pas ces questions et suivrait ces politiciens qui exploitent la religion, la fierté nationale...
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 13 Mar 2017 16:54    Sujet du message: Répondre en citant

La déclaration d'Ömer Çelik, ministre chargé des relations avec l'Europe justifie la thèse selon laquelle la tension avec certains pays européens généré par la volonté de faire propagande de "oui" sur leur sol est voulu et calculé par le pouvoir turc.
En effet, celui-ci a dit qu'après le refus du Pays-Bas à la venue du ministre des affaires étrangères turc la position des indécis pour le référendum est devenue claire (en faveur de oui).

Et les informations selon lesquelles, prétextant l'imminence des élections législatives, le Pays-Bas a fait savoir que la venue des politiciens turcs pour la propagande est non souhaitée sont confirmées!

Par voie de conséquence, malheureusement mon point de vue selon lequel les deux parties ont délibérément monté la tension s'avère juste. Peut-être, les politiciens ont obtenu ce qu'ils ont voulu, mais les dégâts sont importants au niveau des populations.

Oui le populisme est devenu le fléau de notre époque...
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cengiz-han
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MessagePosté le: 14 Mar 2017 16:25    Sujet du message: Répondre en citant

Allez une approche humoristique pour ne pas se noyer dans le populisme...

cengiz-han a écrit:



Exclamation


1> d'où es-tu
2> du Pays-Bas
3> Désormais sifflez hors jeu tous les buts que ce pédé marquerait
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cengiz-han
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MessagePosté le: 15 Mar 2017 2:55    Sujet du message: Répondre en citant

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SelimIII
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MessagePosté le: 15 Mar 2017 11:48    Sujet du message: Répondre en citant

Ca y est les partisans d'Erdogan ont trouvé la force grâce à cette manipulation sur ce que s'est passé avec le Pays-Bas. Cette mise-en-scène marche à fond et comme le putsch de 15 juillet dernier est exploitée au maximum.

Erdogan, viole toujours la Constitution en déclarant tout le monde qui n'est pas avec lui ennemi.

La déclaration du Président des Barreaux de Turquie est une réponse cinglante à ce comportement qui n'est qu'une fuite en avant.

Erdogan a déclaré que sa porte est désormais fermé au Président des Barreau parce qu'il a participé en Allemagne à une réunion en faveur de "non" alors qu'en même temps plusieurs responsable d'AKP ont participé à des réunions en faveur de "oui" en Europe. Erdogan ne se contente pas de fermer la porte mais il menace le Président des Barreaux en déclarant qu'il va payer le prix...

Cette fuite en avant va être fatale pour Erdoagan, c'est son problème! Mais la Turquie souffre et va souffrir terriblement en raison de la mégalomanie d'un homme qui est coupé de plus en plus de la réalité.
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cengiz-han
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MessagePosté le: 04 Sep 2017 0:43    Sujet du message: Répondre en citant

Probablement seul point que Merkel et Shultz sont en phase : la Turquie, plus précisement l'arrêt des négociations d'adhésion à l'UE.

http://www.ataturquie.fr/elections-en-allemagne-ni-schulz-ni-merkel-ne-veulent-de-la-turquie-dans-lue

Certainement la Turquie d'Erdogan est loin des critères de kopenhag, sauf qu'Erdogan n'est pas éternel et il y aura une Turquie après Erdogan...

Finalement, le populisme a le vent pourpe partout...
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 04 Sep 2017 14:30    Sujet du message: Répondre en citant

Cengiz-han a tout à fait raison... Les déclarations des deux dirigeants allemands ne peuvent échapper à la qualification populiste. Les candidats à la chancellerie caressent dans le sens du poils espérant récupérer quelques votes...

Je ne peux m'empêcher de souligner l'hypocrisie :
- Allemagne continuent à vendre des armes à la Turquie (quand il s'agit de l'argent...)
- L'Europe a soutenu farouchement Erdogan...

D'autant plus que de telles déclarations font le bonheur du pouvoir en Turquie qui le permettent à consolider leur discours de repli.

"Tout le monde est notre ennemi", "on m'attaque parce qu'on ne supporte pas notre succès, on a peur de la Turquie".

Et cela marche à merveille.

Une certaine unité trouvée en Turquie à travers l'hostilité envers l'Europe n'est ni bonne pour la Turquie ni pour l'Europe. Mais le populisme empêche les politiciens européens de dire (ou voire) cette vérité.

Et comment ne pas être d'accord avec la réplique d'Ankara à ces propos sans oublier son aspect hypocrite et populiste.
en turc :
http://www.cumhuriyet.com.tr/haber/turkiye/816579/Cumhurbaskanligi_ndan_Merkel_ve_Schulz_a_yanit.html

et en français
http://bit.ly/2x4K2xx
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cengiz-han
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MessagePosté le: 13 Aoû 2018 1:43    Sujet du message: Répondre en citant

Le sujet du populisme concerne ici que la Turquie. Or le populisme devient un fléau mondial. L'Europe est entièrement impliqué. La Hongrie et la Pologne sont des exemples qui illustrent le phénomène. Que dire de l'Autriche et de l'Italie...

L'Italie?!

Voilà un exemple.

Citation:

Déferlement de commentaires racistes en Italie après la victoire des Bleus
17/07/18 16h24
PAR
Service Actu


"C'est l'Afrique qui a gagné", "singes avec un ballon" ou "champions du tiers monde" peut-on lire sur les réseaux sociaux italiens, voire même dans certains journaux.

Si la France et l'Italie ont toujours été rivales sur le plan footballistique, elle semble s'être accrue encore pendant cette Coupe du monde 2018, où la Squadra Azzura était pourtant absente. A cela s'ajoute les récentes polémiques concernant l'accueil d'exilés du navire l'Aquarius, de l'association SOS Méditerranée. Et selon un sondage cité par Les Echos, 80% des Italiens ont une mauvaise image de la France et de sa population. Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur, a déclaré qu'il allait assister à la finale simplement pour "porter la poisse" à la France.

"C'est l'Afrique qui a gagné"

C'est dans ce contexte que 90% des Italiens souhaitaient la victoire de la Croatie en finale ce dimanche à Moscou, selon un sondage du Corriere della Sera. Et depuis la victoire des Bleus, les messages racistes ne cessent de se multiplier à l'encontre des joueurs français.

"C'est l'Afrique qui a gagné", et non la France, est l'une des phrases qui a été le plus diffusée sur les réseaux sociaux italiens depuis dimanche soir, rapporte La Repubblica. Pire encore, les joueurs de nationalité française sont parfois qualifiés de "singes avec un ballon" ou de "champions du tiers monde". Un racisme décomplexé envers les footballeurs noirs qui insinue qu'ils ne sont pas Français. Et même assumé au point qu'un conseiller municipal du parti d'extrême-droite Fratelli d'Italia a lui aussi partagé un message raciste :

"Pour la première fois, une équipe africaine remporte la Coupe du monde de football", a écrit sur Facebook Ernesto Sica.

"Un melting pot de races et de religions"

Comme le souligne BFMTV, les médias italiens, eux aussi, ont leur part de responsabilité. Pour le Corriere della Sera, les Bleus sont "une équipe de champions africains mélangés à de très bons joueurs blancs", tandis qu'en face l'équipe croate est composée "de blancs au centre de trois grandes écoles (de foot, ndlr), l'allemande, la slave et l'italienne".

Un journaliste de la chaine Mediaset a justifié son soutien à l'équipe croate en ces termes : "Une nation complètement autochtone, un peuple de quatre millions d'habitants, identitaires, fiers, et souverains : la Croatie, contre un melting pot de races et de religions, où le concept de nation et de Patrie est plutôt relatif : la France".


Paolo Bargiggia
@Paolo_Bargiggia
Una nazionale completamente autoctona, un popolo di 4 milioni di abitanti, identitario, fiero e sovranista: la #Croazia, contro un melting pop di razze e religioni, dove il concetto di nazione e Patria é piuttosto relativo: la #Francia. #iostoconlacroazia 🇭🇷 #WorldCup

12:11 AM - Jul 12, 2018

Mais la France, elle aussi, n'est pas toujours épargnée de ces déferlements racistes. Lors du match de Coupe du monde Nigeria-Islande le 22 juin dernier, l'ancien footballeur Grégory Paisley, qui commentait le match sur beIN Sports, déclarait à propos d'une touche raté d'un joueur nigérian : "Faut qu'il prenne du Banania là, il manque un peu de puissance".





https://www.lesinrocks.com/2018/07/17/actualite/deferlement-de-commentaires-racistes-en-italie-apres-la-victoire-des-bleus-111105808/
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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 17 Sep 2018 17:45    Sujet du message: Répondre en citant




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murat_erpuyan
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MessagePosté le: 24 Sep 2018 1:43    Sujet du message: Répondre en citant

Un article en relation avec le sujet de cette contribution :

Citation:

«Crise des démocraties en Europe : comprendre avant de dénoncer»

par Bertrand Mathieu.

Le Figaro, le 19/09/2018


TRIBUNE - Le spécialiste du droit constitutionnel Bertrand Mathieu analyse l'opposition montante entre l'État de droit et la souveraineté populaire et explore des pistes pour y remédier.

La fracture qui divise l'Europe traduit une crise profonde du système de la démocratie libérale. Tenter de la surmonter implique de ne pas s'enfermer dans une posture idéologique mais d'en analyser les causes. La démocratie représentative a longtemps constitué un modèle qui a apporté cohésion sociale, paix et développement des droits de l'homme. Aujourd'hui, non seulement les régimes autoritaires exercent une certaine attraction, mais il existe une corrélation entre sentiment de perte d'identité et manque de confiance en la démocratie. Le fossé entre les élites et le peuple est alimenté par la déconnexion qui s'établit entre le vote et les décisions politiques prises par les élus.

Le système occidental est un système mixte démocratique et libéral. Il est démocratique en ce qu'il fonde la légitimité du pouvoir dans le peuple. Il est libéral, en ce qu'il prévoit des mécanismes de contrôle et de contrepoids visant à limiter l'exercice du pouvoir, à le modérer. Or l'utilisation contemporaine du terme démocratie confond ces deux aspects, masquant les contradictions, les conflits qui peuvent opposer démocratie et libéralisme. Il en résulte que la doxa ne parvient pas à expliquer que des peuples accordent leur suffrage à des régimes de moins en moins libéraux comme en Hongrie ou en Pologne et que certains régimes libéraux soient de moins en moins démocratiques.
Facteurs multiples

Les facteurs de la crise sont multiples. La démocratie est née et s'est développée dans le cadre des États. Elle présuppose l'existence d'un peuple, inscrit dans des frontières et uni par le partage de valeurs communes. Or le cadre étatique se fracture. Des organismes supranationaux, producteurs d'ordres juridiques spécifiques, s'installent en surplomb. La carte géopolitique se transforme par la reconstitution de systèmes impériaux (Russie, Turquie), composés d'un État central et d'États satellites ou sous influence et par la déconstruction d'autres États (Espagne). Des ONG jouent un rôle qui peut être positif mais qui traduit souvent des engagements de nature politique masqués. Au-delà s'exercent des pouvoirs économiques et financiers qui ne s'inscrivent pas dans le cadre des États, et souvent plus puissants qu'eux.

Le développement d'une conception individualiste des droits fondamentaux participe au déchirement du tissu social, à l'éclatement de la notion d'intérêt général, à un système de valeurs concurrentielles qui affaiblissent la démocratie. Si l'homme se définit par son universalité, un peuple se définit par son identité. Or l'hyper-individualisation du droit entraîne en retour la création de nouvelles solidarités communautaristes. Ces deux mouvements conduisent la société à fonctionner selon des mécanismes de légitimation étrangers à la démocratie, du fait de l'impossible construction d'une volonté générale. Des mouvements comme ceux relevant de l'islamisme politique s'appuient sur les droits individuels pour imposer à la société une idéologie concurrente et puissante. La fragmentation engendrée par ce communautarisme conduit à une rupture dans l'identité culturelle. Le multiculturalisme oppose au sein d'une société des populations qui n'ont parfois plus les mêmes références culturelles.

Par ailleurs, l'État concentre ce qui lui reste de pouvoir sur une rééducation idéologique du peuple. Le contrôle du langage devient l'un des outils les plus puissants du contrôle social. L'histoire est inlassablement réécrite. Les délits d'opinion se multiplient. La loi sur la presse se grossit d'interdits pénalement sanctionnés toujours plus nombreux. Cette action vise à «régénérer» un peuple et à disqualifier une population, qu'on dit victime de ses préjugés et délégitimée par ses tendances au populisme.

C'est dans ce contexte que le pouvoir du juge tend à suppléer les carences du pouvoir politique. Les facteurs en sont nombreux: développement d'un droit fondé sur les droits individuels, pénalisation de la vie publique corollaire de l'affaiblissement de la responsabilité politique, multiplication d'ordres juridiques enchevêtrés (national, européen, international) dont les rapports sont régulés par les juges. Le juge peut ainsi forger un droit (en matière d'immigration, de mœurs) dans la détermination de laquelle le peuple n'a qu'un rôle résiduel. Le développement de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme en est l'une des illustrations la plus évidente. Combattre cette évolution et sauver, si tant faire se peut, les démocraties européennes exige de clarifier le lieu du pouvoir politique, notamment les compétences attribuées à l'Union européenne et celle relevant des États, ce qui relève de l'identité commune et ce qui relève des identités nationales. Il importe également de rétablir et de développer les instruments d'intervention du peuple dans la décision politique. Si pour les questions locales, le développement des instruments de la démocratie participative constitue une voie féconde, au niveau national, il convient de revaloriser une utilisation raisonnée du référendum, sans en méconnaître les dangers. Continuer à faire l'impasse sur cette révolte sourde des peuples, en les privant de la possibilité de s'exprimer, c'est courir le danger d'une explosion dont personne ne peut prédire les péripéties et les conséquences. C'est signer la fin du modèle de démocratie occidentale.

Bertrand Mathieu est professeur agrégé des facultés de droit, vice-président de l'Association internationale de droit constitutionnel et auteur de Le Droit contre la démocratie?, Lextenso, 2017.





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